Les urnes de l'Opéra : actes 2
le 27-11-2008 09:03

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http://www.bibliofrance.org/images/stories/urne_musical.jpgNous vous en parlions, en décembre 2007, dans un article intitulé "la voix des urnes" : Enfermés pendant cent ans dans les sous-sols de l’Opéra Garnier, des disques édités par la Compagnie du Gramophone au début du siècle dernier, ont été dégagés de leur enveloppe de métal. C’est cette aventure des «urnes de l’Opéra» qui sera évoquée au cours des deux journées que leur consacreront la Bibliothèque nationale de France BNF et l’Opéra national de Paris.

En 1907 puis 1912, lorsqu’on a enfoui quarante huit disques Gramophone pour cent ans, c’était, selon Alfred Clark l’initiateur de l’entreprise, « afin d’apprendre aux hommes de cette époque (la nôtre) :

1° quel était alors l’état des machines parlantes, encore aujourd’hui presque à leurs débuts, et quels progrès surtout auront amélioré cette précieuse invention au cours d’un siècle ;

2° quelle était alors la voix des principaux chanteurs de notre temps et quelle interprétation ils donnaient à quelques-uns des morceaux les plus célèbres du répertoire lyrique et dramatique.»

De premiers éléments de réponse à ces questions seront proposés lors de deux journées organisées conjointement par la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra national de Paris, les 8 et 9 décembre prochains.

Sur le premier domaine donc, la technique de la prise de son et de sa restitution, on peut d’ores et déjà mettre à l’actif des promoteurs de l’opération d’avoir très minutieusement pensé à la documenter. Les urnes ne contiennent pas que les disques eux-mêmes mais des pièces essentielles à leur lecture (diaphragme, pointe) et même un exemplaire de « machine parlante ». Mais on peut faire le constat qu’en matière de conservation à long terme, l’idée d’isoler des objets de leur milieu ambiant et de les exclure de leur usage « naturel » n’est pas sans danger.

Dans le cas des urnes, l’exclusion (au troisième sous-sol du Palais Garnier) permit la malveillance et deux d’entre elles surent fracturées, l’isolement mit en œuvre des matériaux dangereux.
Après bien des vicissitudes les disques ont enfin été extraits de leur conteneurs de plomb et pourront « parler », lors du colloque. Divers procédés de lecture seront évoqués. Procédés traditionnels par contact direct avec le signal gravé dans le sillon d’une pointe de lecture de l’époque ou actuelle ; procédés expérimentant des techniques de conversion optique de ce signal et permettant une lecture sans contact.

Sur le plan des répertoires et des styles d’interprétation, on aura la confirmation que les jugements et les goûts artistiques d’une époque ne leur survivent pas tous. Seule une moitié des œuvres, celles de Mozart, Wagner et, très majoritaires, de quatre grands Italiens (Rossini, Donizetti, Verdi et Puccini) sont toujours au catalogue des éditeurs phonographiques et à l’affiche des maisons d’opéra.  Quant aux artistes, certains sont demeurés dans les mémoires d’aujourd’hui, à commencer par Enrico Caruso, mais la plupart sont totalement oubliés même si, tels Paul Franz ou Berthe Auguez de Montalant, ils restent un modèle de chant et de style. C’est que la pratique de chanter les pièces vocales dans sa langue nationale et non dans la langue originale du livret (qui s’est maintenue jusqu’au microsillon) est maintenant absolument reniée.
Plus généralement, c’est la hiérarchie des valeurs musicales qui, en un siècle, semble avoir été totalement  révisée. Aujourd’hui, aucun producteur phonographique ne choisirait de ne transmettre aux générations futures que de la musique classique, essentiellement lyrique !

En revanche, ce qu’on vérifie c’est la dimension « magique » que continue à revêtir une expérience qui se voulait d’abord scientifique. Cette mise-en-scène aux parfums funèbres et ésotériques continue d’exercer son pouvoir. L’impact que suscite toujours l’écoute des voix du passé.

 

ImageBibliofrance.org
Source : Communiqué BNF


Tags : BNF, Opéra national de Paris, urnes de l'opéra, Compagnie du Gramophone, Alfred Clark
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