"Disposal of Surplus Library Stock" ou comment vendre son fonds ancien
le 27-09-2008 02:00

Sections : Bibliothèques à l'étranger,


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ImageOù l'on apprend que le conseil municipal de La Ville de Cardiff (qui avait fait acte de candidature sans succès il y a quelques années pour être « capitale européenne de la culture »)  a pris une délibération complètement folle consistant à mettre en vente sur le marché 18 000 livres anciens de ses collections patrimoniales...

 

Ceci afin de trouver l'argent qui lui manque pour achever l'équipement de sa nouvelle bibliothèque publique, dont le coût a largement dépassé le budget initial...

 

Cette décision avait été prise dans la plus grande discrétion l'an dernier, le 11 janvier 2007, par approbation d'un rapport intitulé « Disposal of Surplus Library Stock » (Cession du stock de livre en surplus - sic ! - de la bibliothèque), mais elle a été rendue publique tout récemment par la publication d'un catalogue de ventes de la maison Bonhams de Londres, une des plus importantes salle de ventes publiques de Grande-Bretagne.

 

L'émotion est énorme dans les milieux culturels du Pays de Galles, dans le reste de la Grande-Bretagne et elle va l'être bientôt dans toute l'Europe et dans le monde entier.

 

Cette vente qui devrait débuter dans les prochaines semaines, portera une atteinte irréparable au patrimoine de Cardiff et du Pays de Galles.

Il faut savoir que Cardiff qui était alors une ville riche et prospère avait formé l'espoir à la fin du XIXe siècle d'accueillir la future Bibliothèque nationale du Pays de Galles. Ce projet qui remontait au XVIIIe siècle, s'était précisé à partir de 1873 avec le lancement d'une campagne de collecte de fonds et de documents ; la ville d'Aberystwyth devait finalement être choisie en 1905, la construction des bâtiments allait commencer en 1911 et être achevée en 1916.

Dans cet espoir, la ville de Cardiff s'était lancée durant le dernier quart du XIXe siècle dans l'acquisition tous azimuts de livres et de manuscrits anciens pour sa Bibliothèque centrale et, en 1902, un des mécènes de la cité, John Cory, avait pu acquérir une superbe collection d'incunables imprimés à Venise, Florence, Strasbourg, Bâle et d'autres grands centres intellectuels de l'Europe de la fin du XVe siècle.

La ville de Cardiff se trouva ainsi propriétaire d'un exceptionnel fonds de livres et de manuscrits anciens.

La ville d'Aberdare avait été au XIXe siècle un centre important d'édition de journaux en langue galloise et un riche fonds, provenant de cette ville, fut également acquis par Cardiff pour sa bibliothèque. De nombreux manuscrits, dont certains du Moyen Âge, qui auraient dû être envoyés à la Bibliothèque nationale galloise à Aberystwyth, se retrouvèrent aussi à Cardiff...

{xtypo_quote_left} La ville de Cardiff va être amputée d'une part très importante de son patrimoine culturel.{/xtypo_quote_left} Les fonds qui devraient disparaître du patrimoine de la bibliothèque, comportent aussi des ouvrages sur la Réforme protestante en Europe et en Angleterre, des livres et des brochures du XVIIe siècle sur la Guerre civile anglaise, des livres rares des XVIIIe et XIXe siècles dans le domaine religieux, ceux de l'histoire, de la littérature, de l'histoire naturelle et de la géographie... La ville de Cardiff va être amputée d'une part très importante de son patrimoine culturel.

Les livres qui vont être prochainement mis en vente aux enchères et dont beaucoup sont d'une très grande rareté, devraient ramener dans les caisses de la ville plus de 3 millions de livres, soit près de 4,5 millions d'euros.

 

Il paraît évident que les conseillers municipaux qui ont approuvé cette décision n'ont pas réalisé sa portée et sont très ignorants des réalités culturelles. Pour se défendre, un conseiller municipal a déclaré que « Llyfr Aneirin » (le livre d'Aneirin) ne serait pas mis en vente, ce qui laisse supposer que l'idée en a été un moment évoquée...

 

Ce manuscrit, du XIIIe siècle, d'un texte écrit à la fin du VIIe siècle est le plus ancien texte connu en brittonique (langue dont sont issus le breton et le gallois), est "le" trésor" de la Bibliothèque et sa sortie du patrimoine public aurait eu des conséquences politique incalculables. 

 

{xtypo_quote_right} Si rien n'arrête le Conseil municipal de Cardiff, il se confirme que ce sont bien au total quelque 18 000 livres qui pourraient être vendus de cette façon. {/xtypo_quote_right} Le vice-chancelier de l'Université, le Dr David Grant, a déclaré : « La totalité de ce fonds doit rester à Cardiff et être accessible au public. Ces livres constituent un élément vital du patrimoine de Cardiff et du Pays de Galles, historiquement et culturellement ».

 

Le ministre du Patrimoine au sein du gouvernement de l'Assemblée galloise, Alun Ffred Jones, a écrit au Conseil municipal de Cardiff pour lui exprimer sa préoccupation. Il semblerait que le premier ministre, Rhodri Morgan, et le précédent ministre du Patrimoine, Rhodri Glyn Thomas, aient rencontré récemment des représentants du Conseil municipal pour leur exprimer également leur préoccupation.

 

Pendant ce temps, la salle des ventes Bonhams de Londres prépare une liste des 139 premiers livres qui seront mis en vente, très probablement avant la fin de l'année. Si rien n'arrête le Conseil municipal de Cardiff, il se confirme que ce sont bien au total quelque 18 000 livres qui pourraient être vendus de cette façon.

 

 L'Université de Cardiff s'est proposée pour reprendre le fonds de livres anciens.



Image Bibliofrance.org



Tags : Bibliothèque de la ville de Cardiff, fonds ancien, « Llyfr Aneirin », le livre d'Aneirin,
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