| le 12-10-2007 02:00
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Un étonnant serpent de mer réapparaît dans la presse et dans la liste biblio.fr avec un courrier d’un « Tintinophile chez les helvètes » … Pour notre part, «ni "Tintinophile » ni « Tintinophobe », mais quand même une envie de réagir car après « le serpent de mer » cette histoire est « l’arbre qui cache une forêt » ! Pour nombre de lecteurs ou bibliothécaires que nous sommes, nous n’avons pas attendus ce jour pour s’en rendre compte : OUI, "Tintin au Congo" est un album raciste ! Comme son époque !! … mais ce n’est pas un scoop et on a l’impression que certains ont découvert "Tintin au Congo" récemment… Une envie, mal placée, de publicité pour certains ?
A voir ? Surtout, que depuis que Spielberg à annoncé que son projet est pour bientôt (il possède les droits cinéma depuis 20 ans.) … c’est très médiatique ! Tintin au Congo a été publié en 1930 alors que la Belgique colonisait le Congo, et pour Albert Algoud, un spécialite de Tintin, Interdire cet album ne veut rien dire.
Si on le faisait, il circulerait sous le manteau et cela redonnerait de l'intérêt à une BD assez faible esthétiquement et scénaristiquement. C'est une sacrée bouillie. Et c'est une retombée de l'ignominie à laquelle s'est livré Léopold II [roi des Belges] au Congo." "A l'époque, Hergé avait 22 ans. Il était sous la coupe de l'abbé Wallez, un curé colonialiste, maurassien. [Le dessinateur évoluait] dans une mouvance ultraréactionnaire. Mais on ne peut pas interdire à un homme d'évoluer. Et Hergé a évolué : dans Le Lotus Bleu, il a pris parti pour les Chinois contre l'envahisseur japonais, dans Le Temple du soleil, il a pris la défense du peuple inca. ..C'est un peu injuste de lui coller cette casserole."
Le GROS problème arrive avec ce genre de déclaration de Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), : «L'album Tintin au Congo a peut-être sa place dans les musées, mais pas dans les librairies et les bibliothèques.» … Ou encore le procès de cet étudiant Congolais ...
Au-delà du combat contre le racisme qui est une louable attention, l’odeur de « politiquement correcte » qui doit nous alerter dans ce genre de discours, de dérive, une nouvelle tendance serait alors de plonger dans le contenu de nos collections, ouvrage par ouvrage, et d’en conclure, dans le meilleur des cas : - « passage dans le rayon BD adulte » (c’est ce qui est arrivé pour cet album de Hergè dans les librairies du groupe Borders au USA et en Angleterre... Ou encore :
- Transféré au musée de « l’histoire coloniale » … - Transféré « au musée de l’immigration » …- Transféré au « musée de la déportation » …- « interdiction de lecture » pour racisme d’époque … En clair « Cavanna » au musée de l’immigration (c’est d’actualité !) et « Moby Dick » au « Musée de la Marine » … on croit réver.
J’ai commencé la liste, d’autres pourront la continuer :
- Jules Verne - Voltaire - Montesquieu - Tacite - Conan Doyle - Rice Burroughs …. le Tarzan d’Edgar est pas mal non plus …
Les films aussi ... ou tout document montrant un colonialisme impérialiste….
{xtypo_quote_right} Les stéréotypes racistes qui accompagnèrent la colonisation à partir de la seconde moitié du XIXe siècle furent très largement portés par l’image {/xtypo_quote_right} En février 2005, à Charleroi, l’exposition « Le Remords de l’Homme blanc » nous expliquait comment la bande dessinée avait accompli, avec des œuvres majeures, son devoir de mémoire. Sylvain Venayre, maître de conférences en histoire contemporaine et commissaire de l’exposition déclarait très justement : "Les stéréotypes racistes qui accompagnèrent la colonisation à partir de la seconde moitié du XIXe siècle furent très largement portés par l’image : les dessinateurs, les caricaturistes du tournant des XIXe et XXe siècles, portent ainsi une grande part de responsabilité dans la diffusion de ce discours raciste… " et de conclure : ..l’ensemble des lois (ou décision de justice. NDLR) ont en commun de restreindre la liberté de travail de l’historien et de mélanger dangereusement savoir et pouvoir. On ne doit pas confondre la quête du vrai et du faux, qui est celle des historiens, et celle du juste et de l’injuste, qui doit être celle des politiques...
Marc Ferro est lui aussi très clair : …Si je vois un enfant qui lit Tintin au Congo, je le laisserai faire mais je lui signalerai l'horreur que propage cet album douteux."
Le Dalaï Lama, avait déclaré, lors d’un passage en Belgique, que : « Tintin au Tibet a permis à de très nombreuses personnes de savoir que le Tibet existait »….
Pour un dossier « Tintin doit-il demander pardon ? », un journaliste de l’hebdomadaire belge « Le VIF » a interrogé des Congolais de Bruxelles : en clair, si certain se montrent choqués par le caractère raciste de l’album, certains y voient une opportunité ! Je cite : « Si le débat se focalise sur Tintin, ça n’a même pas de sens d’en discuter. Par contre, cette affaire peut être l’occasion de saisir le rétroviseur. Il faut que les Belges reconnaissent les erreurs du passé. Des excuses ne résoudront pas tout, mais cela apaisera les relations belgo-congolaises »…
Enfin, un collègue, Jean-Claude De la Royère, conservateur au Centre Belge de la Bande Dessinée, résume cette polémique en une phrase :
« faire du politiquement correct avec de l’ancien est impossible ».
A Bibliofrance, nous osons penser qu’en cette période où L’ADN trouve sa place dans les textes législatifs français, les associations en question (MRAP, CRAN) pourraient se concentrer sur de vrais combats ! En bon "bibliothécaires/prescripteurs", nour leurs conseillons fortement, pour apprendre l’histoire, de lire, outre « Tintin au Congo » les albums suivants :
- Les Passagers du Vent de François Bourgeon- Déogratias de Stassen- Rampokan Java de Van Dongen- Rue de la Bombe de Ferrandez- Pawa de Jean-Philippe Stassen - Fagin le Juif de Will Eisner …. Et bien évidement ... tout Hugo Pratt !!
Durel Eric pour Bibliofrance
 Illustrations : (C) Moulinsart/Castermaneurs.
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