|
Pour ceux qui aurait raté le début... voila un nouvel épisode de la série du moment sur la chaîne (du livre ?) «Ma Bibliothèque numérique sera plus grosse que la tienne »… Google et les bibliothèques en est le titre et le feuilleton n’est pas prêt de se finir.
Ce n'est pas encore Le festival de Cannes, mais la deuxième saison commence donc, avec une sacré brochette d'acteurs qui s'enrichit cette fois d'un acteur francophone. Avec l’arrivée de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (BCU), ils ne sont donc plus treize à table mais bien quatorze. Que « la suisse sorte de sa neutralité » n’est pas vraiment un scoop : pour ceux qui s’intéressent aux déclarations et aux problématiques de nos confrères suisses, ils pouvaient déjà lire en juin 2006, dans un article en ligne de Ici, la revue numérique de L’université de Lausanne une annonce d’un plan d’établissement de liens avec des partenaires aux compétences complémentaires, tels le Ci/UNIL, l’EPFL, 4DigitalBooks, et …Google. A noter que 4DigitalBooks, est un des leaders mondiaux des scanners numériques, que cette entreprise est …suisse et que son directeur Ivo Iossiger déclarait sereinement en 2005 l’évidente vérité suivante :
«Google a déjà indexé l'Internet. Que leur reste-t-il? Les livres! Et en suisse Google en trouve donc 100 000 de plus à son escarcelle, sur les 15 millions de son projet global. En détail, de quoi s’agit-il ? L’accord approuvé par le Conseil d'Etat porte sur des fonds du 17e, 18e et 19e siècles, libres de droit et constituant la majeure partie des collections anciennes de la BCU, qui seront numérisés puis rendus accessibles en ligne gratuitement dans une version permettant la recherche en mode texte. Ce sont de nombreux ouvrages relatifs à l'histoire, à la géographie, à la sociologie ou encore aux traditions populaires de la Suisse occidentale, qui fut aussi un carrefour important pour l'histoire des idées européennes au tournant du 18e siècle (Germaine de Staël, Benjamin Constant, Jean de Sismondi, Pestalozzi, etc.), mais aussi de nombreux textes de Hugo, Balzac, Stendhal, Auguste Tissot, Charles Secrétan, Isabelle de Montolieu, Isabelle de Charrière, Urbain Olivier ou du théâtre classique du Grand Siècle.
«Les livres seront accessibles gratuitement», affirme Hubert Villard, directeur de la BCU. «Si par hasard, ultérieurement, Google décidait de rendre l'accès payant, nous avons par contrat le droit de mettre nos livres numérisés sur notre site, lequel sera gratuit et entrera en fonction au plus tard en septembre 2008. Nous les mettrons de toute façon sur notre site.» Puis au responsable de la BCU d’enfoncer le clou : «Le partenariat avec Google s'annonce autrement plus sérieux que le projet européen» «De plus, notre démarche est une conséquence logique de la situation: la Suisse ne verse pas un centime pour numériser son patrimoine. Nous sommes donc contraints à chercher des solutions économiquement avantageuses si nous ne voulons pas manquer une étape décisive.» Suivi d’un : «On a beaucoup diabolisé Google, et à tort» On aurait aimé une argumentation un peu plus développée. Les réactions en suisse, sont plus pragmatique : pour certains « Voilà peut-être l'événement qui va pousser la Suisse à réfléchir, enfin, à une stratégie nationale de numérisation de son patrimoine » ou encore, si, comme l’annonce le quotidien « Le Temps », les Vaudois vendent leur patrimoine écrit à Google, cela ne coûtera pas un franc (suisse) à la collectivité, alors qu’un coût de 10 à 15 millions de francs est avancé. Au sein des professionnels de la confédération « Il n'est pas exclu que d'autres fonds suisses profitent de l'expérience des Vaudois, notamment au sein du réseau des bibliothèques romandes (Rero), auquel appartient la bibliothèque vaudoise » [Google a déjà intégré le catalogue central de RERO dans Google Scholar depuis mars 2006.NDLR]
Marie-Christine Doffey, directrice de la Bibliothèque nationale et membre du comité de pilotage de la bibliothèque numérique européenne se demande même s'il ne : «vaudrait pas mieux laisser la question entièrement aux mains des privés», estimant que «Google avec sa notoriété mondiale et ses énormes moyens serait une porte d'entrée idéale pour une bibliothèque mondiale». Il semble que la naiveté n'a donc pas de frontière : l'avancement et/ou l'OPACité de l'avenir (politique et économique) de Europeana ne doit pas pas valider Ipso Facto GoogleBook Search comme solution miracle et unique pour la communication numérique des collections publiques.
Comme le suggère Nicolas Morin, il me semble quand même que dans le cas de la BCU de Lausanne, dans la corbeille de mariage, ce n’est pas tant le nombre de 100 000 ouvrages qui semble intéresser Google, mais bien la langue de ces fonds à numériser, et c'est surtout un symbole envoyé à tous (et en particulier à Europeana?) : ça y est, nous sommes présents dans la zone francophone ! Le Lac Léman et le Rhône ne faisant qu’un, et si l’on va dans le sens du courant, c’est 130 kilomètres plus loin, que les 500 000 volumes de la ville de Lyon attendent, patiemment dans leurs silos, q’un scanner viennent leur chanter, non une berceuse, mais bien un chant champ....numérique.
Mais il paraîtrait que Google est snobé par la Ville de Lyon. Un mauvais coup de Microsoft ? Cela m’étonnerait… Durel Eric pour Bibliofrance
|